Langage codé

« Passer une nuit dans le centre de Nouméa : une expérience inoubliable. » À l’heure où la Calédonie cherche à remonter la pente en relançant notamment le tourisme – escalader l’Everest en claquettes semble être moins insurmontable -, restons-en à cette première phrase, comme slogan. L’annonce n’est pas trompeuse, simplement malicieuse, limite vicieuse. De la bonne communication. Pour finir de convaincre, on pourrait y ajouter : « Du samedi soir au dimanche matin, vous pourrez y croiser une faune sauvage, de drôles d’oiseaux de nuit, mâles et femelles, souvent jeunes, aux cris singuliers dont les messages restent un mystère pour la science ». Aucune publicité mensongère. Une dernière phrase, énigmatique, pourrait aider à attirer les curieux : « Aidez-nous à comprendre le langage de cette espèce endémique, cet échange récurrent de noms d’oiseau, l’avenir en dépend ». Exemple : autour de 00h30, une nuée de ces volatiles, ivres et ayant l’air de planer, en pleine migration vers leur nid et éparpillés dans plusieurs rues – quelques centaines de mètres à vol d’oiseau -, ont gazouillé ce qui ressemble à des mots clés, les répétant comme des perroquets, s’amusant à se répondre : une mélodie d’insultes se faisant écho. La proie de leurs propos (« Bourre ta mère » et « Bâtaaaaard »), prononcés ici en riant, est double : la maman d’on ne sait qui, jamais nommée, et « un enfant né hors mariage » ou un animal issu « d’un croisement non identifié », précise le Larousse. Qui nous éclaire donc peu sur ce chant du cygne de la nuit nouméenne : que se disaient ces jeunes, quoi comprendre entre les lignes ? Les meilleurs linguistes et anthropologues du Pacifique ne seraient pas de trop pour aider à décrypter ce langage codé. Est-ce que la première insulte signifie, en fait, un « Bonne soirée mon ami » ? Et la seconde, un « Merci, toi aussi » ? L’hypothèse ne casse pas trois pattes à un canard, mais rassure : se dire que cette partie de la jeunesse est bien élevée, polie, respectueuse, intelligente, brillante, qu’elle le montre chaque week-end.

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