« Nous avons maintenu la civilisation »

Depuis le début des émeutes il y a maintenant plus de trois semaines, les professionnels de santé sont en première ligne. Parmi ceux-ci, les infirmiers libéraux. Ils travaillent au quotidien dans tous les quartiers, et au service de toutes les populations, absolument toutes. Nous avons rencontré l’un de ces professionnels de santé. Il a bien voulu témoigner, mais sous couvert de l’anonymat.

« Je veux témoigner, parce que c’est important, mais je veux que tu écrives que si je veux garder l’anonymat c’est pour ne pas mettre en danger ma vie, et celle de ma famille. » Le ton est donné d’emblée quand je joins cet infirmier il y a quelques jours pour réaliser cet article. Il est infirmier libéral depuis de très nombreuses années, il est comme le sont toutes les infirmières et tous les infirmiers de Nouvelle-Calédonie : auprès de ses patients, au contact de celles et ceux qui souffrent dans leur chair. Optimiste de nature, toujours souriant et bienveillant, c’est un professionnel de santé, épuisé, inquiet, bouleversé, et très en colère qui s’est confié à nous. « En tant que professionnel infirmier, ce qui prévaut, c’est la colère. Colère vis-à-vis de nos tutelles (DASS et CAFAT, ndlr) tout d’abord. Et là, je vais parler de l’effet Dunning-Kruger. C’est un mécanisme cognitif par lequel tu retrouves aux postes de responsabilité les gens les plus incompétents, tout simplement parce qu’ils voulaient ce poste et qu’ils sont persuadés de leurs compétences. Aujourd’hui, la Calédonie est frappée par une ‘’épidémie’’ d’effet de Dunning-Kruger. C’est-à-dire que du point de vue des tutelles, il n’y a que des incompétents qui sont persuadés de leur compétence. Tout ce que nous avons mis en place, nous l’avons fait tout seuls avec les moyens du bord à la place de gens qui auraient organisé tout ça parce que c’est leur travail, et qui ne l’ont pas fait parce qu’ils n’ont tout simplement pas la compétence. »

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Lionel Sabot

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