Réuni le 10 octobre à la tribu d’Ouroué, à Thio, le comité directeur de l’Union calédonienne a arrêté ses positions sur trois dossiers principaux, en vue de la préparation de son congrès de novembre prochain à Poya. Son président, Emmanuel Tjibaou, les a détaillées hier lors d’une conférence de presse.
A Thio, samedi dernier, l’UC a abordé plusieurs sujets politiques. Le parti indépendantiste a tout d’abord acté le principe d’un soutien à Jean-Luc Mélenchon de La France insoumise pour l’élection présidentielle de 2027. « Pourquoi LFI ? Parce qu’une partie du programme présenté correspond aux engagements qui sont les nôtres », a expliqué Emmanuel Tjibaou. Le parti d’extrême-gauche est en phase avec les revendications de l’UC et du FLNKS, notamment sur l’autodétermination et la nécessité de poursuivre le processus de décolonisation. Par ailleurs, comme l’a rappelé Emmanuel Tjibaou, LFI a soutenu le FLNKS dans sa contestation du troisième référendum de 2021 et s’est opposée à l’ouverture du corps électoral en 2024. Elle a ensuite rejeté le projet « Élysée-Oudinot-Bougival », conformément aux orientations du parti indépendantiste. Le président de l’UC dit avoir rencontré tous les groupes de gauche, jusqu’aux centristes, avant de choisir. Il affirme que les représentants de La France insoumise sont « les seuls à porter une vision politique ouvrant des perspectives concrètes vers la pleine souveraineté de la Kanaky ». Même si « les modalités, pour nous, sont à questionner », a-t-il précisé. Les élus du mouvement parraineront le candidat de LFI et l’UC s’organisera localement pour la campagne électorale.
Le nickel doit « d’abord être valorisé chez nous »
L’UC a aussi pris connaissance du protocole d’accord (MoU) entre la Nouvelle-Calédonie et l’Union européenne sur les matières premières stratégiques, qui devrait être signé le 19 octobre dans le cadre de la visite de Stéphane Séjourné, vice-président exécutif pour la prospérité et la stratégie industrielle de la Commission européenne. Le parti y voit de possibles débouchés commerciaux, mais s’interroge sur la place réservée à la transformation locale du nickel. Pour l’UC, le pays « ne peut être réduit à un simple fournisseur de minerai ». Emmanuel Tjibaou pointe un texte « très général » et multiplie les questions : « Quelles usines ? Quels procédés ? Sur quel type de financement ? » Il rappelle que les trois usines sont en difficulté et que toute coopération internationale doit avant tout « servir les intérêts de la Nouvelle-Calédonie ». Il reproche aussi à l’État de sortir du cadre fixé par l’Accord de Nouméa. « On parle d’un État qui cumule tous les rôles : actionnaire de contrôle de la maison-mère de Doniambo-SLN, prêteur de l’usine de Sud, faiseur de doctrine sur l’usine du Nord, et parrain du protocole qu’on veut nous faire valider lundi. Clairement, on rappelle que nous sommes porteurs de ces éléments qui ont été dealés dans un accord politique avec l’État, le RPCR et le FLNKS, qui est celui dans lequel on maîtrise la ressource ». Et de conclure : « Le nickel calédonien, c’est le patrimoine des Calédoniens d’abord, et qui doit être d’abord valorisé chez nous. »
Pas touche à la loi organique
Le troisième sujet auquel l’UC s’oppose est le projet d’« ajustements institutionnels » évoqué par le Premier ministre. Emmanuel Tjibaou s’inquiète qu’il soit prévu « de modifier les éléments de la loi organique alors qu’on n’a toujours pas d’accord politique ». Il y voit « la volonté affirmée de détricoter les modalités opérationnelles et organiques qui ont été le fondement de l’accord politique signé en 1998 ». D’autant que cette traduction juridique de l’accord de Nouméa « n’est pas un texte ordinaire ». « On peut ajouter tout et n’importe quoi dans une loi organique », redoute-t-il. Et de donner l’exemple de la clé de répartition ou de la composition du Congrès, qu’il redoute de voir modifiés par ce biais. L’UC s’oppose donc « fermement » à toute modification de la loi organique « tant que ses objectifs, son contenu et ses garanties n’auront pas fait l’objet de discussions politiques sérieuses et équilibrées » et appelle l’ensemble de ses représentants institutionnels « à ne pas s’engager dans les travaux afférents ».
« Les deux pieds joints »
Si l’Union calédonienne a officialisé publiquement son soutien à Jean-Luc Mélenchon à l’élection présidentielle, ce n’est en aucun cas une surprise. Lors de la dernière visite de Mathilde Panot et de Bastien Lachaud sur le territoire, les deux députés de La France insoumise avaient déjà obtenu le « feu vert » des leaders indépendantistes alors que le parti d’extrême-gauche a posé sur la table plusieurs promesses, dont celle d’une future indépendance, d’un référendum national et d’un référendum local. « Je pense que, cette fois, tout le FLNKS va le parrainer. C’est un message que vous pouvez lui porter, avait ainsi lancé Aloisio Sako aux deux députés de La France insoumise, lors d’un ultime meeting à Kaimolo, à Dumbéa Rivière. Dernièrement, avec les paroles qu’il a prononcées, on va sauter les deux pieds joints avec lui. »
Vers une reconduction d’Emmanuel Tjibaou à la présidence de l’UC ?
Le congrès du 13 au 15 novembre à la tribu de Gohapin, à Poya, définira les orientations de la prochaine mandature et renouvellera l’ensemble des instances de l’Union calédonienne, dont sa présidence. Nickel, transport, relance économique et échéances de 2027 figureront parmi les thèmes abordés. Pour Emmanuel Tjibaou, il s’agit d’« amorcer déjà la réflexion » du parti.
B.Z.

