Il est un peu loin le temps où le 24 septembre donnait lieu à des cérémonies et des commémorations. Sans doute même qu’aujourd’hui certains ne savent même pas à quoi peut bien correspondre cette date.
Ce jour est précisément l’anniversaire du 24 septembre 1853 lorsque l’amiral Febvrier-Despointes prend possession de la Nouvelle-Calédonie au nom de l’empire français et de Napoléon III. Durant les Évènements, le mouvement indépendantiste en a fait le jour « du grand deuil kanak », mais depuis l’accord de Nouméa, on tente en vain d’en faire la journée de la citoyenneté. Ça n’a jamais beaucoup imprimé dans l’opinion en dépit des efforts de certains, ainsi de Déwé Gorodey, alors membre du gouvernement, et aujourd’hui le 24 septembre n’a plus guère de résonnance.
Dans un communiqué dans lequel il appelle les militants à se mobiliser, Christien Tein, le président du FLNKS évoque pêle-mêle l’anniversaire de Radio Djiido et du kaneka, mais prévient également que « notre combat entre dans une phase décisive ». Selon le président du FLNKS, « face au déni de nos droits fondamentaux, face aux tentatives de confiscation de notre destin et face à un système qui cherche à perpétuer les injustices économiques et sociales, le silence n’est plus une option. Nous devons opposer la force de notre unité et la clarté de notre détermination ». Christien Tein assure également que « le 24 septembre n’est pas une simple date sur un calendrier. C’est le symbole de notre résilience, de notre identité et de notre marche inéluctable vers la pleine souveraineté ». De son côté, Inaat Ne Kanaky appelait à se rassembler à Saint-Louis, avec un message très différent. L’organisation politico-coutumière estime en effet que « le néocolonialisme s’installe au sein de notre peuple et l’outil politique que nous avons choisi pour mener notre combat contre le système colonial et capitaliste, nous affaiblit et nous divise ». Dans ces conditions, Inaat Ne Kanaky « affirme que le contentieux colonial qui concerne l’État et le peuple premier, représenté par ses clans et ses royaumes, est un préalable à tout nouvel accord politique ». Et elle annonce vouloir des bilatérales avec l’État « sur le contentieux colonial pour la signature d’un ” traité de souveraineté et de réparation” entre les royaumes kanak et l’État ». On notera que ni au FLNKS ni chez Inaat Ne kanaky, il n’est question du 24 septembre comme fête rassembleuse de la citoyenneté.
Un chemin à construire ensemble
Le député Nicolas Metzdorf, pour sa part, a formulé trois vœux à l’occasion de cette Fête de la citoyenneté. « Que cette journée devienne vraiment citoyenne, écrit-il sur sa page Facebook, et que notre pays permette à tous ceux qui y vivent durablement de pouvoir y voter un jour. Qu’elle ne soit pas l’occasion de ressasser un passé victimaire qui enferme les esprits. Qu’elle ne serve pas à exacerber le communautarisme, mais plutôt à la consolidation d’une identité calédonienne propre ».
A noter cette prise de position de l’UNI-Palika sur sa page Facebook, qui, évoquant le 24 septembre, estime que « cette date raconte le chemin parcouru et celui que nous continuons à construire ensemble. Une citoyenneté fondée sur la reconnaissance du peuple kanak et de toutes les communautés qui font aujourd’hui vivre notre pays. C’est cet esprit de rassemblement et de communauté de destin qui donne tout son sens à la Fête de la citoyenneté ». Et pour l’UNI, « aujourd’hui, cette histoire nous invite à poursuivre le chemin : faire pays ensemble, renforcer ce qui nous unit et avancer vers une société émancipée, solidaire et pleinement ancrée dans son environnement. Notre avenir se tisse avec chaque histoire, chaque génération et cette volonté commune de construire le pays. Ensemble, poursuivons le chemin de l’émancipation et de la décolonisation vers notre destin commun, décolonisé et partagé ».
Caledonia
A l’occasion de ce 24 septembre, le gouvernement a organisé au Centre culturel Tjibaou la troisième édition du festival « Caledonia ». Toute la journée de jeudi, le public s’est massé en nombre pour admirer les expositions, participer aux animations, se restaurer sur place, assister à des concerts, et faire quelques emplettes au Marché des femmes. Un espace était même consacré à la littérature calédonienne, dans une préfiguration de ce qui pourrait être l’an prochain le SILO, Salon international du livre océanien.
J.D.

