Richard Werly : « La stratégie indopacifique de la France ne fait pas illusion »

Le journaliste et essayiste Richard Werly, correspondant France/Europe du média suisse Blick, spécialiste des questions internationales et invité régulier des plateaux de télévision, anime ce mercredi soir une conférence à l’université intitulée « Donald Trump, la Chine, le Pacifique… et nous ». L’auteur y analysera les dessous de la géopolitique mondiale dans la région, marquée par la rivalité entre les États-Unis et la Chine. Richard Werly a bien voulu répondre aux questions de La Voix du Caillou et livrer un avant-goût de l’événement.

Votre conférence à l’UNC représente une extension à l’hémisphère Sud de votre livre Cette Amérique qui nous déteste, qui sera publié le 8 octobre aux éditions Saint-Simon. Résumez-nous le propos de cet ouvrage…

Le point de départ du livre, c’est un peu un coup de sang. Je n’étais pas parti aux États-Unis pour écrire un livre sur l’Amérique qui déteste l’Europe. Je ne m’attendais pas à cela. Et puis, sur la route, cette détestation m’est apparue incontournable. J’ai parcouru environ 7 000 kilomètres, notamment en camping-car, de Chicago jusqu’à Mar-a-Lago, en Floride. Je voulais écouter cette Amérique des campings, des barbecues, des petites villes, celle qui a ramené Donald Trump à la Maison-Blanche. Et ce que j’ai entendu, encore et encore, c’est : « Vous, les Européens, vous ne servez plus à rien. Vous êtes des faibles. Vous trahissez l’Amérique et les valeurs occidentales que nous défendons. » C’est cette Amérique qui est aujourd’hui au pouvoir. Une Amérique MAGA qui considère que nous avons trop longtemps profité du parapluie militaire américain, que nous donnons des leçons sans être capables d’assurer notre propre sécurité. Nous sommes, à ses yeux, trop faibles, trop tolérants, trop compliqués. Nous devons ouvrir les yeux : Trump n’est pas une anomalie. La cécité est le piège dans lequel nous, Européens, ne devons pas tomber. Trump est l’expression spectaculaire d’une lame de fond beaucoup plus profonde : le culte de la force, l’obsession du profit, la défiance envers l’État et la conviction que tout peut s’acheter. En plus de nous placer dans une situation de dépendance militaire, les États-Unis profitent d’une dépendance technologique et numérique considérable. Google, Microsoft, Amazon, Meta, Apple et désormais les géants américains de l’intelligence artificielle sont omniprésents. L’ancien commissaire européen Thierry Breton a trouvé la bonne formule : « Ni dépendance ni soumission. » La lucidité s’impose : la bataille contre ce que j’appellerais l’impérialisme numérique américain est engagée. Même si l’enjeu de la défense et des moyens militaires est essentiel, la souveraineté n’est plus seulement une affaire de chars et de missiles. Elle est aussi numérique et technologique.

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Propos recueillis par La voix du Caillou 

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