Le tout premier festival des jeux de plateau était organisé samedi dans l’espace du Creipac, à l’initiative du Sci Fi Club. L’opportunité pour le public, tous âges confondus, de découvrir la richesse de cet univers et sa communauté. 400 personnes se sont rendues à ce premier rendez-vous du genre.
Une vingtaine de bénévoles était mobilisée samedi pour accueillir le public dans les jardins et les locaux du CREIPAC, à Nouville. « Les gens sont beaucoup venus en famille, avec les enfants. Ce qu’on espère, c’est que les adultes soient conquis eux aussi par les jeux de plateau. De toute façon, c’est simple : quand tu mets le doigt dedans, tu n’en sors plus », explique David Sigal, membre du Sci Fi Club depuis cinq ans et co-organisateur de ce premier festival de jeux de plateau.
« Partager notre passion »
Ce passionné de la première heure sait de quoi il parle : « Je suis fou des jeux de société depuis toujours. Gamin, je jouais au Risk et au Monopoly avec mon père. Plus tard, j’ai découvert les jeux de rôle. À Nouméa avec le Sci Fi Club, j’ai découvert une communauté très active. L’idée de ce festival, c’est de partager notre passion et de fédérer autour de cet univers. » Depuis la période Covid, les jeux de plateau sont l’objet d’un engouement qui ne s’est pas démenti en cinq ou six ans. « Les gens ont profité du temps de confinement pour reprendre les petits travaux qui avaient pu être laissés en plan ici ou là. Mais une fois qu’on a fini de nettoyer le jardin et terminé le dernier bout de deck, qu’est-ce qu’on fait ? », plaisante Jean-Sébastien Boaro, co-gérant de Ludik. « À l’époque, je m’en souviens bien, nous étions fermés mais nous faisions énormément de livraisons de jeux à domicile. »
« On interagit en direct, on n’est pas dans le virtuel »
Cause, ou conséquence, l’offre de jeux de plateau s’est renouvelée de manière quasi exponentielle. Si l’on joue aujourd’hui toujours au Mille Bornes ou au Jeu des sept familles, l’univers de ces jeux est désormais hyper diversifié. « Il y en a pour tous les goûts et tous les âges », éclaire David Sigal. « Certains séduisent les parents comme les enfants, d’autres sont à destination des plus petits, d’autres encore sont réservés aux grands adolescents et aux adultes en raison de leur complexité. Les jeux de plateau relèvent d’un autre temps que celui des jeux vidéo : il y a le temps de la mise en place, le temps de la réflexion… On interagit avec les autres joueurs en direct, on n’est pas dans le virtuel. Cette dimension conviviale, elle est aussi très importante dans un monde hyperconnecté. »
Un univers sans cesse renouvelé
Entre 1 500 et 2 000 nouveaux jeux sortent chaque année en France, deuxième marché mondial par habitant après l’Allemagne. En Nouvelle-Calédonie, la vague se maintient et nombreux sont les espaces publics, bars-restaurants, nakamals mais aussi maisons de quartier, à surfer sur la tendance en proposant des soirées « jeux de plateau ». « C’est bon de voir des gamins grandir et évoluer au travers de jeux de plus en plus complexes », observe Jean-Sébastien Boaro. « Et toute la famille est concernée : vous n’imaginez pas le nombre de tontons et tantines qui sont venus acheter un jeu, qui l’ont essayé avec leurs neveux et qui, séduits, reviennent en prendre un pour eux-mêmes. » Et pour gagner le public, les créateurs d’univers de jeux rivalisent de créativité, avec des mondes imaginaires d’une incroyable richesse, ou des règles d’une grande complexité.
« Des jeux de stratégie de très haut niveau »
« Il existe des jeux de stratégie de très haut niveau », précise encore Jean-Sébastien Boaro, « dignes de ceux utilisés par les officiers de Napoléon, qui testaient ainsi à l’époque leurs méthodes de commandement. » Dans les locaux du CREIPAC, Linda et Amélie sont venues avec leur famille et s’essaient à Takenoko, un jeu d’inspiration nipponne destiné aux 8 ans et plus. La thématique : se mettre dans la peau d’un jardinier et faire pousser une bambouseraie, tout en prenant soin d’un panda impérial un peu trop avide de ces pousses vertes, et en surveillant la météo. Petits et grands prennent du plaisir à ce jeu coloré, aux règles relativement simples. Un peu plus loin, Lucas, joueur de Warhammer: Age of Sigmar, présente au public les figurines de ce jeu de bataille de type médiéval fantastique, et propose avec d’autres bénévoles un atelier, très prisé des enfants, de peinture de ces figurines.
Warhammer, « comme un jeu d’échecs mais avec plus de règles »
« C’est un peu comme un jeu d’échecs mais avec plus de règles et plus d’unités. On a un peu de tout, ici les humains, là les rats, les gobelins, les sorciers, les seigneurs du chaos… Les parties se jouent généralement à un contre un, et durent jusqu’à cinq heures. » Le jeune homme a délaissé quelques années sa passion avant d’y revenir il y a deux ans. « Il faut vraiment avoir envie de s’investir, de peindre les figurines, ce qui peut prendre une heure jusqu’à des dizaines d’heures, selon la taille et la complexité. Quant au jeu, il est si compliqué qu’on a besoin de revoir les règles en cours de partie. » Warhammer fait partie de la vie de Lucas, mais aussi de milliers d’autres personnes issues d’au moins cinquante pays, dont une partie s’affronte lors de compétitions mondiales. Après le succès de ce premier festival des jeux de plateau, le Sci Fi Club entend bien faire de l’événement un rendez-vous annuel.
Les jeudis des jeux du Sci Fi Club
Tous les jeudis soir, de 17h30 à 22h30 à la Maison Célières, le Sci Fi Club propose des jeux de plateau. Au programme, du partage, de la découverte et bien sûr des jeux. L’objectif, fédérer les passionnés. Des soirées tous publics, « du joueur occasionnel à l’expert en stratégie ».
Un concours de créateurs de jeux
Qui dit jeux dit créateurs de jeux ! Ils ont été quelques-uns à concourir samedi pour gagner l’édition d’un premier prototype, co-financé par Ludik et Digiprint, partenaires du festival. C’est Laurène Jay, créatrice de jeux de rôle, enquêtes immersives et loups-garous, qui en est la gagnante avec un projet qui lui est particulier : un jeu destiné aux enfants neuro-atypiques, qu’elle a nommé « le chemin des émotions ». « Je travaille dans les pédagogies alternatives et suis donc au contact de ces enfants », explique Laurène. « J’ai mis à profit à la fois mes connaissances dans ce domaine, et mon expérience de créatrice pour réaliser ce jeu qui leur est dédié ». Laurène a abandonné ses droits d’auteur au profit de l’association Neuro Atypik NC.
Légende photo : Le public a pu profiter de l’espace extérieur sous un soleil radieux.
I.P.

