De l’électricité dans l’air

Bientôt, va-t-on devoir allumer un barbecue pour y voir clair ? Ou pire, s’éclairer à la bougie ? Avouez que c’est romantique, mais pas pratique. Et puis, c’est déprimant pour les célibataires.

La situation dramatique sur le plan économique dans laquelle se trouve Enercal interroge, inquiète. Doit-on s’attendre à des coupures ? A priori, ni demain, ni après-demain, mais le problème, ancien, est générateur de tension. Enercal, qui produit, transporte et distribue l’électricité, ne cesse de creuser un gigantesque gouffre financier sous ses claquettes : les deux premières parties ne sont pas rentables, au contraire de la troisième, partagée avec EEC. La facture d’Enercal est salée, et comme le gouvernement n’a plus de pièces pour rembourser la fortune (une quinzaine de milliards) qu’il lui doit, l’entreprise a les doigts dans la prise. Le court-circuit n’est pas loin. Les dirigeants turbinent à la recherche d’une solution. Problème : au niveau des idées lumineuses, c’est la pénombre. Côté majorité gouvernementale, on a proposé (puis reculé sous la pression de la rue) une nouvelle taxe (sur les carburants, pour sauver le réseau électrique). En face, on imagine une augmentation de la TGC. Sur ce sujet, comme d’autres, la classe politique va devoir appuyer sur l’interrupteur du courage, prendre des décisions risquant de ne pas faire plaisir à tout le monde, discuter, négocier avec EEC (qui distribue l’électricité notamment sur le Grand Nouméa), et in fine, peut-être, confier le costume d’électricien uniquement à l’un, et pas à l’autre. EEC (ou Enercal), fusible de l’histoire ? Il y aurait de la résistance, avant probablement des étincelles. Le temps presse, la nuit approche. Le compteur tourne à haute vitesse, mais on réfléchit sur courant alternatif, on prend des vessies pour des lanternes, on disjoncte. Sans doute faudrait-il un esprit brillant, une lumière, pour éclairer le dossier. Avant l’obscurité.

Anthony Fillet

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