Le climat se tend à nouveau autour de la question du nickel. Alors que le Congrès examine ce jour en séance publique une proposition de modification du code minier, Paul Néaoutyine dénonce l’utilisation de « cavaliers législatifs » pour lever les restrictions sur l’exportation de minerai brut des réserves métallurgiques.
« Je veux dénoncer ici ce qui m’apparaît être une politique flagrante et anti-démocratique du gouvernement, du Congrès de la Nouvelle-Calédonie et de la province Sud », écrit dans un communiqué le président de l’assemblée de province Nord, qui s’oppose à la levée des interdictions d’exportation des minerais des réserves géographiques de Tiébaghi, du Koniambo et des massifs latéritiques du Grand Sud.
Au cÅ“ur du litige : l’examen ce jour par le Congrès d’une proposition de modification du code minier, déposée initialement en décembre 2023 par l’Intergroupe Loyalistes, révèle-t-il. Si le texte d’origine portait sur l’adoption de la règle administrative du « silence vaut acceptation » au lieu de « silence vaut rejet », le président de la province Nord affirme que des amendements de dernière minute vont être insérés pour modifier profondément la stratégie minière du pays. Selon lui, cette méthode permet d’introduire une dérogation majeure pour « permettre l’exportation des minerais bruts depuis les réserves métallurgiques » de Tiébaghi, du Koniambo et du Grand Sud. Paul Néaoutyine s’interroge sur le lien entre le texte initial et ces ajouts. « Quel rapport avec la levée des restrictions […] ? Aucun ! », s’offusque-t-il.
L’ombre de la reprise de PRNC
Pour le leader indépendantiste, cette accélération législative n’est pas fortuite. Elle viserait à « répondre aux exigences d’un repreneur de PRNC » dont l’identité et le plan de reprise resteraient confidentiels, selon lui, n’étant connus que des « initiés de la province Sud, du Gouvernement de la Nouvelle-Calédonie et naturellement de l’État ». Et de souligner que le gouvernement aurait déjà entériné, le 18 février dernier, un projet de texte portant la durée de levée des restrictions à 10 ans, contre 3 ans initialement prévus. Le recours à des amendements ce mardi permettrait, selon lui, de contourner les consultations obligatoires auprès d’organismes tels que le Conseil d’État, le conseil des mines ou le CESE. Et donc d’accélérer les démarches. Au-delà de la forme, le père de la doctrine nickel réaffirme son opposition idéologique à l’exportation massive de la ressource brute. Il plaide pour la « souveraineté économique sur l’exploitation et la valorisation » des ressources et pour un « développement industriel durable, résilient et cohérent » sur l’ensemble de la Grande Terre. Et de prévenir : « Le Conseil Constitutionnel appréciera la manÅ“uvre le moment venu ».
B.Z



