Au terme de deux jours de procès des marchés publics truqués de l’internat de Bourail, mercredi, le parquet a requis trois ans de prison, dont un an ferme sous bracelet électronique, contre Leila Solomita, décrite comme « l’instigatrice » de la fraude, et l’ancienne fonctionnaire de la province Sud. Il réclame surtout la confiscation de l’ensemble des biens saisis et cinq ans d’interdiction de gérer une entreprise pour la patronne de Be-Bunk et son époux. La défense a multiplié les attaques contre la hiérarchie provinciale pour obtenir la relaxe. Le tribunal rendra sa décision le 1er décembre.
Un « pacte de corruption » pour accaparer des centaines de millions de francs d’argent public. Au deuxième et dernier jour du procès des marchés publics truqués de l’internat de Bourail, mercredi, la procureure Delphine Rixens a livré un réquisitoire sans concession à l’encontre de Leila Solomita et de l’ancienne fonctionnaire de la province Sud, Marie-Pierre Courtot, coupables, à ses yeux, d’avoir organisé ensemble une concurrence « fictive » pour tromper la province, évincer toute autre entreprise et détourner des sommes colossales. Après avoir infligé à l’auditoire des éléments de langage habituels sur les faits, « une affaire qui entache le pacte républicain et sape la confiance dans nos institutions », la représentante du ministère public a fait une démonstration détaillée et percutante des éléments à charge qui entourent ce dossier judiciaire vieux de plus d’une décennie. Pour cela, Delphine Rixens a été obligée de revenir en détail sur « la mécanique », ou « le système », que personne n’a vu tourner pendant des années au sein de la province Sud. Jusqu’à ce qu’un contrôle de comptabilité, en 2012, fasse « tiquer » la trésorerie provinciale et vienne troubler les plans des prévenus.
« Madame Courtot sait ce qu’elle fait »
Pour le parquet, la chose est entendue : Leila Solomita et Marie-Pierre Courtot, qui se connaissent depuis 2009, vont « instaurer un pacte » de corruption visant à favoriser la cheffe d’entreprise et son époux grâce à une fausse concurrence, en échange d’une pluie de cadeaux. « Leila Solomita va créer de plus en plus d’entreprises parce que Madame Courtot a des seuils à respecter dans la comptabilité interne de son service. Elle pouvait ainsi faire une concurrence minimale avec deux devis qui n’était, en réalité, que fictive. Elle met ainsi en concurrence une société avec une autre du même groupe. Madame Courtot a créé la fausse concurrence avec l’aide des époux Solomita », déroule Delphine Rixens. Chiffres à l’appui, elle rappelle que le groupe Solomita a encaissé pas moins de 334 millions de francs sur 505 millions de dépenses, soit 66 % des paiements. « C’est énorme ! Ce sont de très grosses sommes. » Un expert financier mandaté au cours de l’enquête avait, par ailleurs, démontré que l’absence de concurrence avait permis une surévaluation des facturations de plus de 59 %.
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Jean-Alexis Gallien-Lamarche

