Les annulations à répétition d’Aircalin font monter la pression politique

Depuis février, les différents avis et communiqués publiés par Aircalin font état de problèmes techniques à répétition, avec retards, reprogrammations et annulations. La situation s’est encore tendue ces derniers jours : hier, les deux A330 de la compagnie étaient simultanément affectés par des aléas techniques. Un épisode qui suscite désormais des réactions politiques.

Après l’annulation, lundi 17 août, des vols SB500 et SB501 Nouméa-Bangkok-Paris-Bangkok-Nouméa en raison d’un problème technique, Aircalin a également annulé la rotation Nouméa-Singapour-Nouméa prévue hier. L’appareil, qui avait fait la veille l’objet d’une opération de maintenance, n’a pas obtenu la validation technique nécessaire pour assurer le vol.

À midi hier, la compagnie a précisé que ses deux A330 étaient simultanément concernés : le premier par des « odeurs persistantes d’huile », le second par « un impact sur une des lames de l’un des réacteurs ». Aircalin évoque « une situation rare et difficile pour nos passagers comme pour nos équipes ». À 14h le même jour, le nombre de passagers en attente de reprogrammation à Nouméa s’élevait à 530 (250 à Singapour et 130 à Paris). La compagnie dit travailler au réacheminement des passagers sur d’autres compagnies « malgré la faible disponibilité de places du fait des vacances scolaires du mois d’août », et rechercher depuis le week-end dernier « une solution d’affrètement provisoire de compagnies autorisées, rendue difficile par la haute saison dans l’hémisphère Nord ». Les vols régionaux restent, eux, maintenus, ainsi que le transport des Evasan.

Des alertes techniques depuis le début de l’année

L’épisode est loin d’être isolé. Un « problème technique » est apparu dès le 9 février sur le Paris-Bangkok-Nouméa. Vers la mi-mars, une rotation vers Papeete a été retardée plusieurs jours, la compagnie évoquant « l’indisponibilité mondiale d’une pièce essentielle ». Les 25 et 26 mars, des « pannes techniques » ont ensuite entraîné l’annulation d’un Paris-Bangkok-Nouméa puis d’une rotation vers Papeete. Avril est particulièrement chargé : Singapour, Wallis, Sydney, Port-Vila et Paris figurent parmi les destinations touchées par des pannes, des problèmes techniques ou encore des opérations de maintenance. Début mai, Aircalin signalait de nouveau une panne sur l’un de ses A330neo, qui avait entraîné la reprogrammation des vols vers Paris, avant de nouvelles annulations ou reprogrammations pour raisons techniques en mai et juin, notamment vers Singapour, Bangkok et Sydney. Mi-juillet, Aircalin annonçait l’immobilisation prolongée de l’un de ses A330neo pour une panne technique. En août, les perturbations se sont enchaînées : Paris le 3 août, Sydney le 8, Paris le 12, Wallis le 13, Papeete et Singapour le 14, puis de nouveau Paris et Singapour les 17 et 18 août.

Une petite flotte face aux immobilisations

Cette succession d’aléas pèse d’autant plus sur le programme qu’Aircalin n’exploite que quatre appareils : deux A330neo et deux A320neo. Dans un entretien accordé à La Voix du Caillou au printemps, Aircalin assurait avoir déjà engagé, dès l’année précédente, plusieurs démarches pour mieux faire face à la répétition des aléas techniques. La compagnie expliquait avoir cherché à sécuriser ses approvisionnements malgré les pénuries de pièces, en exigeant notamment la disponibilité de certains composants en stock. Elle affirmait aussi avoir négocié l’achat de deux lots de pièces supplémentaires et obtenu l’autorisation de les stocker directement à bord de ses appareils, afin de pouvoir intervenir plus rapidement en cas de panne, quelle que soit l’escale. Aircalin présentait alors l’arrivée de son premier A350, prévue en décembre, comme un moyen de gagner en souplesse sur le long-courrier.

La polémique gagne le terrain politique

Face aux dernières pannes, Sonia Backes met désormais directement en cause la stratégie suivie par la direction d’Aircalin. Sur Facebook, elle critique notamment le choix de la desserte de Paris et estime que la stratégie adoptée en 2024 n’a pas bénéficié d’une expertise extérieure suffisante. Elle dénonce « l’amateurisme de son dirigeant » et un « accompagnement quasi nul des passagers concernés ». Elle rappelle enfin que « le PDG d’Aircalin s’est fait voter une rémunération digne d’un très très grand expert du sujet », avant de souligner que ce sont les salariés d’Aircalin « qui prennent la colère des Calédoniens ».

Nicolas Metzdorf a lui réclamé une audition de la direction d’Aircalin au Congrès. « Les annulations à répétition et la gestion de ces dernières méritent désormais la plus grande transparence », écrit-il. Le député a donc sollicité Virginie Ruffenach, présidente de l’institution, qui a approuvé sa demande et invité ce jour les responsables de la compagnie à venir s’expliquer. Il faudra bien cela pour comprendre la succession de perturbations techniques qui dure depuis plusieurs mois et culmine, depuis hier, avec l’indisponibilité simultanée des deux A330.

Légende photo : De nombreux passagers sont impactés par les annulations des vols Aircalin. ©Congrès NC

J.D.

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