Les navettes, seules alternatives pour sortir du Mont-Dore Sud

Tous les jours, les habitants du Vallon-Dore et de La Coulée qui doivent se rendre à Nouméa s’arment de patience. Que ce soit pour aller faire les courses ou se rendre au travail, tous attendent sagement de pouvoir monter dans un taxi-boat.

Ils sont environ deux cents, à attendre patiemment sur les quais du Vallon-Dore, armés de valises, de bonbonnes de gaz vides, ou de sacs de courses prêts à être remplis. Pourtant, la navette dans le sens de Nouméa vers le Mont-Dore Sud était presque vide. « Ils attendent tous là-bas, raconte un des marins du bateau Coral Palms, qui fait le trajet plusieurs fois par jour. Le matin l’affluence, c’est dans le sens Vallon-Dore – Nouméa, l’après-midi c’est l’inverse. » Et pour cause, entre ceux qui partent travailler, faire des courses ou rejoindre des amis sur Nouméa, la file d’attente ne désemplit pas depuis 6 heures du matin. La situation de ce quartier du Mont-Dore, complètement isolée depuis deux mois en raison des blocages au niveau de Saint-Louis est telle que ces bateaux sont l’unique moyen de rallier la capitale. « Pour aller au travail, c’est navette tous les matins, raconte Philippin, qui travaille dans l’informatique. On se lève trois fois plus tôt que d’habitude, il faut attendre dans les files d’attente, faire quarante minutes de navigation, trouver quelqu’un pour te récupérer au port… L’enfer. »

« Je dors parfois sur mon lieu de travail »

Pour répondre à ces besoins de déplacement, la province Sud a donc mis en place depuis deux mois déjà, des navettes maritimes tous les jours. Deux départs par jour du Coral Palms depuis Nouméa et depuis le Vallon-Dore sont prévus le matin, et deux l’après-midi. Des taxi-boats sont également affrétés toute la journée pour faire le trajet entre les deux points, ainsi que pour se rendre à Boulari. « Deux créneaux quotidiens sont aussi dédiés au transport des personnes toujours gratuitement, explique le marin du Coral Palms. Les trajets coûtent 500 francs l’aller, sauf dans ces cas précis, où ils sont toujours gratuits. »

S’ils n’ont pas vraiment d’autres choix pour se déplacer, ni la situation, ni le tarif imposé pour prendre ces navettes ne conviennent aux Mondoriens. « Depuis deux mois, on manque de tout. Aujourd’hui j’ai dû aller à Boulari pour retirer de l’argent, ironise Jérôme, qui descend de la navette Vallon-Dore – Boulari. Je n’avais plus rien ici et en plus il faut que je paye pour pouvoir y aller. » « On se sent complètement oublié, comme si ce qu’on nous propose était une solution viable, explique Coralie (prénom d’emprunt), qui travaille à la clinique Kuindo-Magnin, et qui a fait ses valises pour trois jours. Je dors sur mon lieu de travail les jours où je dois enchaîner les gardes parce que les navettes ne me permettraient pas d’arriver à l’heure. Il va falloir faire quelque chose, parce que je ne pourrais pas continuer à m’épuiser longtemps comme ça. »

Seul moyen de ravitaillement

Les navettes servent aussi aux Mondoriens à se ravitailler un peu. D’une part, certains commerçants en profitent pour aller chercher des produits pour leurs magasins, comme c’est le cas ce mercredi matin. Sur les quais, deux palettes remplies de paquets de céréales et de biscuits sont débarquées en même temps que les deux passagers d’un taxi-boat. « Le bateau c’est le seul moyen qu’ont les commerçants pour faire venir des aliments, grimace Marc, un jeune, qui travaille comme membre de la sécurité du Casino de La Coulée. Tout se fait par bateau aujourd’hui, c’est grâce à ça qu’on a de quoi manger dans les magasins. »

Mais pour autant, de nombreux habitants préfèrent quand même se déplacer jusque dans les magasins nouméens pour faire les courses. « En fait, on est ravitaillé, certes, mais il faut une heure pour qu’il n’y ait plus grand chose, explique Marc. Donc beaucoup de gens préfèrent se rendre à Nouméa, avec des valises vides en navette, pour les remplir. »

Loris Castaing

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