« On n’a plus d’argent, il a été brûlé, pour des raisons politiques »

Laurent Vircondelet, « président de la Fédération du commerce de Nouvelle-Calédonie et locataire de 4 000 m2 dans les installations de Ducos Factory, qui sont détruites à 100 % », est désabusé.

« Dans le secteur marchand, le commerce a été le plus touché. » Il cite les zones de « Kenu-In, Ducos Factory, l’entrée de la Vallée-du-Tir », pense aussi aux autres endroits « qui ont été brûlés, pillés… » Et maintenant ? « On a assumé les salaires du mois de mai, on ne pourra pas assumer les salaires du mois de juin. Les entreprises vont prendre leurs responsabilité dans les jours à venir. Ce sont des décisions qui sont importantes, ce sont des décisions qui sont dramatiques pour nous, mais il va falloir qu’on se sépare de nos salariés, et on va rajouter de la crise à toute cette situation gravissime, il faut que les gens soient conscients de ça. »

« Il faut qu’on parle »

« Je ne peux pas réinvestir sans garanties, je ne peux pas redémarrer sans garanties, et personne ne pourra le faire, moi comme tous les chefs d’entreprises qui ont tout perdu dans cette histoire. » Débourser de l’argent, s’il en reste, pour les salariés, les fournisseurs et les « taxes d’importation », oui, souligne-t-il, mais « le reste, on arrêtera de payer. Et que chaque entrepreneur, chef d’entreprise, prenne ses responsabilité d’arrêter de payer ses cotisations, arrêter de payer ses impôts, arrêter de payer tout ce qui est hors système de fonctionnement (…) Maintenant, il faut qu’on parle, qu’on nous dise clairement les choses, il faut qu’on nous donne des garanties. Vous pensez qu’on va reconstruire, aujourd’hui ? La reconstruction, elle ne dépendra que d’une chose, d’un accord politique. Autrement, on va reconstruire comme en Afrique, avec des Algeco sur la terre battue et on va faire du commerce comme ça. C’est ça qu’on veut pour l’avenir de ce pays ? » Laurent Vircondelet rappelle que « le commerce, ça représente 10 % du PIB », sans compter « les industries (…) Il faut vraiment que le message soit clair : on n’a plus d’argent, il a été brûlé, pour des raisons politiques. Maintenant, il faut que nos élus prennent leurs décisions et prennent leurs responsabilités. »


« Que chacun prenne ses responsabilités »

Dominique Lefeivre, gérant de Biscochoc, est sorti déçu d’une visioconférence organisée mercredi soir, où figurait notamment le ministre de l’Économie et des Finances, Bruno Le Maire. « Le ministre a certainement un emploi du temps surchargé. On devait commencer cette visio à 17h30, finalement elle a commencé à 18h. Et à 18h25, il a clos notre visio. Je ne sais pas s’il a tout compris ce qu’il se passe en Calédonie en vingt-cinq minutes, mais c’est évident que nous, on n’a pas pu dire ce qu’on avait à dire. »

« Très loin de la réalité »

Selon le chef d’entreprise, « le ministre était très bien entouré, avec les assurances, des banques, mais ils sont très, très, très loin de la réalité ». Pour lui, qui a vu ses usines brûler, il y a désormais un « combat qui commence », avec les assurances. « On entend Paris qui dit ‘’oui, oui, il n’y a pas de souci, vous allez avoir les acomptes tout de suite et pouvoir redémarrer, etc.’’. Mais les assurances ici vous disent ‘’ah, il manque tel document, tel élément’’. » Résultat : « on a toujours rien. Les banquiers, on l’espère, sont nos partenaires, donc j’espère que ça se passera mieux avec » eux et qu’ils vont « continuer à nous accorder nos découverts et nos taux de réescompte ». Vu l’urgence, « on attend que chacun prenne ses responsabilités, y compris les assurances et les banques ».


« Sans visibilité et sans avenir, on n’y arrivera pas »

Les chiffres qu’on a actuellement, « c’est hors nickel », précise Barbara Vlaeminck, qui travaille dans ce secteur. « La situation s’est aggravée par rapport » à avant le 13 mai. « On a KNS », l’usine du nord, mise en sommeil en attendant, peut-être, de fermer. « On a la SLN », avec l’usine à Nouméa « qui est à l’agonie et on espère qu’on arrivera à maintenir les fours. Et au niveau de PRNC », l’usine du sud, « il n’y a plus d’exploitation. Donc tous nos contrats commerciaux sont suspendus. »

Cela pourrait donner « rapidement 15 à 20 000 personnes sur le carreau » si rien ne s’améliore. « Donc avec ce qu’on a annoncé précédemment », c’est-à-dire les commerces et industries touchées, « ça veut dire, globalement, que c’est tout le système qui est à plat. Et donc derrière, tout le fonctionnariat » qui pourrait être impacté par ricochet.

« Se mettre autour de la table »

« On ne peut plus payer tout ce qu’on nous demande de payer. » En premier lieu, « on essaie d’assurer les salaires ». Barbara Vlaeminck « souhaite insister sur un point : on participe à plein de comités, on travaille, on essaie de rester motivés, collaboratifs, de trouver des solutions. Résultat des courses : on est le 6 juin, on a payé les salaires mais sans aucune mesure » pour aider à le faire, « parce que ça parle beaucoup, mais on n’a pas les applicatifs. Et nous, on est dans le concret, on doit faire des feuilles de paie, on doit écrire des choses sur ces fiches de paie et on doit donner un montant à nos salariés. Il y a beaucoup de salariés qui n’avaient plus de congés payés – et encore, quand on a pu avancer les congés payés, parce que certaines entreprises ne peuvent même pas les payer – et qui se retrouvent sans salaire à la fin du mois de mai, et à la fin du mois de juin ça va être quasiment l’intégralité » des salariés des entreprises touchées qui seront concernés. « Il faut s’en rendre compte. Ce qu’on va faire, si ça continue, c’est de la banque alimentaire (…) On en appelle à nos élus, pour arriver quand même à se mettre autour de la table et à nous apporter une vraie solution. On se démène, mais sans visibilité et sans avenir, on n’y arrivera pas. »



Anthony Fillet

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