Avec les émeutes, la dialyse en crise

La crise actuelle affecte gravement les services de santé, notamment la prise en charge des patients en dialyse. Nicolas Darsaut, directeur général de l’Association pour le traitement de l’insuffisance rénale (ATIR), témoigne des défis et des solutions mises en place pour assurer la continuité des soins.

Le territoire compte actuellement environ 687 patients dialysés, dont 620 en hémodialyse et une cinquantaine en péritonéale. L’ATIR, en tant que plus grand opérateur, dessert entre 400 et 450 patients dans ses unités réparties à Koumac, à Poindimié, à Thio, à Koné et dans le Grand Nouméa. Des patients de toutes origines, et venant aussi bien de tout le territoire comme de Wallis-et-Futuna. « Les difficultés de transport et les contraintes logistiques ont gravement affecté notre capacité à traiter les patients, explique Nicolas Darsaut. Chaque séance de dialyse dure environ quatre heures, et nous en effectuons deux par jour, sur les îles et dans le nord, de 7 h 30 à 16 h 30. »

Un tiers des patients se trouvent dans les îles et en brousse. « Nous arrivons à mieux gérer la dialyse dans ces zones, précise Nicolas Darsaut. Mais dans le Grand Nouméa, nous rencontrons des difficultés majeures. Nos patients doivent attendre jusqu’à trois heures pour une séance, alors que normalement, cela devrait prendre moitié moins de temps. »

Un système sous pression

Une situation compliquée rendue encore plus difficile par les actes de vandalismes. Par exemple, à Dumbéa, l’ATIR a été vandalisée à trois reprises en l’espace de deux semaines. Malgré ces actes de vandalisme, l’association fait de son mieux pour ne pas fermer plus de deux jours consécutifs, afin de continuer à fournir les soins nécessaires aux patients. Actuellement, les équipes travaillent d’arrache-pied pour réparer les générateurs de dialyse et les unités mobiles : « Nous espérons récupérer 60 % de notre capacité d’ici mercredi, ce qui nous permettrait de reprendre un rythme de traitement d’un jour sur deux. »

La gestion du matériel est un défi constant. « Nos docks à ZAC Panda sont difficiles d’accès, et beaucoup de nos équipements sont bloqués dans des conteneurs, explique Nicolas Darsaut. Nous dépendons de nos fournisseurs locaux, mais les tensions sur le matériel sont énormes. Nous devons réutiliser et reconditionner des poches de dialyse sans faire courir de risques aux patients, mais nous n’avons pas le choix. »

Des conditions de travail difficile

Le personnel de l’ATIR, soumis à des conditions de travail extrêmement difficiles, fait preuve de courage. « Nos soignants sont sollicités pour des missions qu’ils n’ont jamais effectuées auparavant, indique encore le directeur général. Les contraintes de temps, de matériel et de personnel sont énormes. Nous avons mis en place une cellule d’appel pour réorganiser nos équipes, mais la situation reste critique. »

Julien, lui, est directeur du service des soins infirmiers. « Nous avons pris les événements comme une gifle. Tout évoluait d’heure en heure. Nous essayons de sécuriser nos équipes, qui sont nos vrais héros. Nos équipes et nos patients sont très solidaires et réactifs, la culture de travail s’est exacerbée autour de la gestion de la crise. Tout le monde aide dans la mesure de leurs moyens, heureusement qu’ils ont cette humanité », dit-il. Le travail des ambulanciers est également salué. « Ils sont tout le temps sur le terrain, à prendre beaucoup de risques, à la fois pour les patients et pour les soignants. Leur engagement est incroyable », souligne-t-il encore.

Appel à l’aide

Malgré les difficultés, l’ATIR ne perd pas espoir et continue de chercher des solutions. « Nous avons rapatrié des médecins de Nouvelle-Zélande et de Wallis pour nous aider. Nous traitons actuellement vingt patients par jour et espérons augmenter ce nombre à quarante à partir de mercredi », annonce Nicolas Darsaut. L’association bénéficie également du soutien de partenaires comme le Centre hospitalier territorial (CHT) et la clinique Magnin. « Grâce à ces partenariats, nous avançons ensemble », ajoute-t-il.

Cependant, le directeur de l’ATIR reste réaliste : « Les 670 patients dialysés ne pourront pas tenir un mois dans ces conditions. Nous faisons tout notre possible, mais nous ne pouvons pas continuer indéfiniment sans solutions durables. »

Margaux Lorenzini

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