Exilés et condamnés indochinois en Nouvelle-Calédonie

Ce soir sera inaugurée l’exposition « Exilés et condamnés indochinois en Nouvelle-Calédonie» au foyer vietnamien. L’occasion de revenir sur une partie de l’histoire calédonienne dont on parle peu.

Cela fait plus de trente ans que l’association Témoignage d’un passé s’intéresse à l’histoire du bagne. « Nous avons développé de nombreuses animations pour mettre en lumière cette page de l’histoire de la Calédonie qui avait été, pendant des générations, complétement occultée, cachée, explique Yves Mermoud, président de l’association. Dans les années 1960-1970, on ne parlait que de la déportation et des déportés politiques, ceux qui avaient des idéaux politiques comme Louise Michel par exemple. Mais tous ces gens-là ne sont pas restés, alors que tous les transportés qui sont arrivés sont à l’origine de centaines de familles calédoniennes. C’est une grosse partie de la population aujourd’hui ».

Le bagne concerne tout le monde

À travers les recherches pour faire vivre ce devoir de mémoire, l’association réalise que l’expérience de certaines communautés est davantage mise en avant que d’autres : « Pendant longtemps, quand on a évoqué la transportation, c’était l’histoire des européens, affirme Yves Mermoud. Depuis quelques années, de plus en plus de Kanak venaient nous voir au site historique de l’île Nou pour nous dire que le bagne, c’était aussi leur histoire : c’est l’histoire de tous ces condamnés européens qui ont refait leur vie avec des femmes kanak, en brousse et sur les îles. Cela a donné des milliers de naissances. En 2022, nous avons réalisé une exposition nommée « Les Kanak et le bagne », avec l’association Marguerite du Fort Teremba ». Suite à ces nombreuses rencontres et l’exposition qui en découle, l’association se questionne sur les liens entre le bagne et la communauté vietnamienne. Au début, les échanges sont difficiles, car les Vietnamiens n’ont pas spécialement envie de mettre en avant cette partie de leur histoire. C’est vrai qu’on entend très rarement parler des exilés et condamnés indochinois en Nouvelle-Calédonie. Premièrement, par manque de connaissances, mais également à cause des tabous qui existent autour de ce sujet. « Le non-dit qu’on retrouve dans les familles européennes et dans le monde kanak est encore plus fort dans le monde vietnamien, où il faut être discret et ne pas faire de vagues », souligne le président de l’association. Mais pour Yves Mermoud, il est important de libérer la parole sur ce sujet, d’autant plus que c’est une expérience qui a été partagée par quasiment toutes les communautés. Ce souvenir commun du passé pourrait-il être utilisé pour nous aider à traverser les difficultés d’aujourd’hui ? « Ce qu’on veut montrer, c’est qu’on a tous la même histoire, souligne-t-il. L’histoire du bagne était quelque chose de péjoratif, mais elle peut devenir un pont, une passerelle, un lien entre les communautés. Ce sont des choses qui nous rapprochent. C’est en se basant sur des souvenirs en commun qu’on pourra construire un vivre-ensemble solide ».

Une exposition itinérante

Cette exposition a été conçue grâce à un partenariat international avec l’Université de Leicester en Grande-Bretagne. Ce sont deux professeures de renommée internationale, Clare Anderson et Lorraine Paterson, qui ont rassemblé de nombreuses connaissances sur le sujet. « Ça montre l’intérêt des universitaires pour notre petite histoire calédonienne », souligne Yves Mermoud, qui a travaillé auprès des descendants du bagne sur le territoire. L’exposition se veut itinérante : elle sera visible au foyer vietnamien, puis au site historique de l’île Nou, avant de partir à Boulouparis, puis à Dumbéa, et au Mont-Dore. On la retrouvera peut-être dans d’autres communes du territoire. Le planning définitif n’est pas encore établi, mais vous pouvez suivre son parcours sur la page Facebook de l’association Témoignage d’un passé.

Kim Jandot

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