Rencontre avec… Isabelle Champmoreau

Membre du gouvernement, Isabelle Champmoreau a en charge, entre autres, le douloureux dossier des violences faites aux femmes. Ces derniers jours de nombreuses opérations d’information et de sensibilisation ont eu lieu, c’était l’occasion de faire le point.

« Le récent rapport du ministère de l’Intérieur qui montre malheureusement que la Nouvelle-Calédonie est toujours la 1ère en termes de violences conjugales et intrafamiliales », Isabelle Champmoreau pose ainsi le débat, et l’on est tout de suite au cœur d’un sujet. Un sujet pour lequel la membre du gouvernement s’investit depuis des années, au sein du gouvernement Santa puis dans le présent exécutif.

Une feuille de route

Dès sa prise de fonction, Isabelle Champmoreau a décidé d’une organisation et d’un plan. « En Nouvelle-Calédonie, nous dit-elle, nous avons décliné le Grenelle mise en place en métropole par Edouard Philippe. Nous avons donc coordonné une feuille de route partenariale, car ce sont les associations, les provinces et les mairies qui agissent au plus près du terrain. Le but était de suivre cette feuille de route et de rendre compte. Il s’agissait d’être dans l’opérationnel ». Sur cette base, indéniablement, des projets ont été lancés. « D’abord nous avons fait cette étude « cadre de vie et sécurité, explique Isabelle Champmoreau, parce qu’il fallait actualiser les chiffres et les données, pour mettre en œuvre de vraies politiques ciblées. » Et ces chiffres sont parlants, en ce qu’ils montrent l’ampleur de la réalité. Ainsi, chaque année 8 300 femmes sont victimes de violences physiques et sexuelles. Les jeunes de 18 à 29 ans sont 12,4% à déclarer avoir été victimes de violences, contre 6,1% pour les 30-75 ans. Plus impressionnant encore, en 2020, 11 400 personnes se déclarent victimes de violences psychologiques de la part de leur conjoint ou de leur ex-conjoint.

La libération de la parole

« Tous les acteurs soulignent qu’à force d’en parler, cela permet de briser le silence et les tabous, et ça, souligne Isabelle Champmoreau, c’est très important. Si les chiffres augmentent, c’est sans doute qu’il y a en effet des violences supplémentaires, mais aussi et surtout, le fait que les femmes victimes sont de plus en plus nombreuses à parler. Ainsi de nombreuses femmes découvrent que ce qu’elles subissent n’est pas normal. Et des choses qui pouvaient leur paraitre normales, leur semblent soudain anormales. Pour nous, la libération de la parole est un axe très important. Cela étant, il y a encore énormément de faits ». Dans ce contexte, des formations ont été mises en place à destination des forces de l’ordre, en particulier dans l’accueil des victimes, pour faire en sorte que la femme qui, avec tout son courage, franchit la porte du commissariat ou d’une gendarmerie, soit certaine qu’elle sera écoutée et protégée. Car les violences faites aux femmes sont d’ordre multiples. Bien sûr, il y a les coups, les humiliations, les relations sexuelles imposées, les violences psychologiques, mais il y a aussi les violences économiques quand elles dépendent totalement de leur tourmenteur, ou les violences administratives, quand par exemple elles sont dépossédées de leurs papiers par leur conjoint violent.

Des actions multiples

« A l’avenir, souligne la membre du gouvernement, nous allons chercher à être plus actifs avec le monde économique, car nous pensons que les entreprises doivent être des acteurs moteurs dans la détection. Comme cela se faite en métropole et en Europe où l’on calcule le coût de la violence. Maintenant en effet on ose parler de coût économique des violences faites aux femmes. C’est important, car cela veut dire que la société comprend les effets induits de ce type de violence. Il faudrait que nous allions sur ce terrain, car nombre d’employeurs ne savent pas comment agir ou réagir vis-à-vis de ces violences ». Surtout qu’aux violences, il faut accoler le problème des addictions, dans 80% des procédures pour violences conjugales, l’auteur des faits avait consommé de l’alcool. « En tirant le fil des violences conjugales, fait remarquer Isabelle Champmoreau, on se rend compte de tous les sujets qui en découlent ou qui y sont liés. Il faut passer à une étape supérieure, qui consiste à déployer une véritable stratégie territoriale ». Parmi les toutes dernières actions mises en œuvre, on peut citer la création d’un Centre de prise en charge des auteurs de violences intrafamiliales. L’ouverture de ce centre de 10 places, c’est un début, est prévu pour mars prochain. Il va permettre à la justice d’ordonner l’éviction du conjoint violent, permettant à la victime de demeurer chez elle. L’autre objectif de ce centre est bien évidement de susciter une prise de conscience et un changement chez les auteurs de violences conjugales.

Informer les jeunes

« Dès le primaire, nous faisons de la sensibilisation sur la question de l’égalité fille-garçon dans les établissements scolaires », précise Isabelle Champmoreau. L’accent est mis également pour les plus grands, collège et lycée, à l’éducation à la sexualité. « De nombreuses associations interviennent. On parle du respect de soi et de l’autre, mais aussi du consentement, parce que le consentement n’est pas évident. Il y a un vrai sujet qui ressort, les associations ont alerté depuis quatre ou cinq ans, c’est celui de la pornographie. Par les portables, enfants et jeunes consomment beaucoup de pornographie, et beaucoup se construisent alors dans une relation de performance, de soumission. On se rend compte de tout ce que la pornographie construit dans le couple et qui peut aboutir à des brutalités physiques ou des agressions sexuelles. Nous informons aussi sur la contraception, qui est aussi un vrai sujet, on s’inquiète d’un recul notable de l’usage de la contraception, ou le recours systématique à la pilule du lendemain. »

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