L’alcool en Calédonie, un « véritable fléau »

Une « Convention citoyenne sur la place de l’alcool en Nouvelle-Calédonie », portée par la province Sud, a été présentée hier. Elle s’étalera sur plusieurs mois.

Pourquoi ce dispositif ?

« Lors du dernier conseil provincial pour la prévention de la délinquance (CPPD), en février 2023, le constat a été unanime et surtout alarmant: l’alcool est présent dans 80 % des infractions commises en Nouvelle-Calédonie. L’alcool est un paramètre commun à toute une série d’infractions graves: les violences intrafamiliales, l’insécurité routière mais aussi les cambriolages et les actes de violence », rappelle la province Sud. Pour lutter contre ce « véritable fléau » et tenter d’améliorer une situation jugée « dramatique », Sonia Backès veut « trouver des solutions de fond » et souhaite « que la Nouvelle-Calédonie devienne un territoire d’expérimentation d’actions » inédites sur le territoire français. « Nous devons apporter des réponses particulières et adaptées à la problématique extraordinaire rencontrée », ajoute la présidente de la province Sud, à l’initiative de cette « Convention citoyenne sur la place de l’alcool en Nouvelle-Calédonie », saluée par le haut-commissaire, Louis Le Franc. Ce dernier, évoquant « des chiffres qui explosent tous les records », et se disant « effaré » par la situation, a rappelé que l’an dernier, rien que sur les routes, il y a eu 256 infractions liées à l’alcool sur Nouméa (sans oublier environ 6 000 ivresses manifestes sur la voie publique) et 1 163 dépistages positifs sur l’ensemble des autres communes. « Il faut une réaction » collective, « que tout le monde s’y mette », y compris « les autorités coutumières », insistet-il. « On peut continuer comme ça chaque année », avec de trop nombreux morts et blessés graves sur les routes, « mais la population calédonienne va baisser ! » Comme Sonia Backès, Louis Le Franc veut lutter avec force. « On ne baisse pas les bras, on y croit ! »

Quel est l’objectif ?

C’est de « donner la parole aux habitants, selon une méthode d’écoute active, en favorisant le débat au sein de la société civile et des corps intermédiaires, en permettant les échanges voire les confrontations des opinions, en vue d’enrichir le débat et d’inclure leur expérience dans les paramètres de prise de décisions et actions des pouvoirs publics », pose la province Sud. « De plus, cela permettra de recueillir des propositions qui peuvent être plus directes sur un sujet qui mérite une nouvelle ambition au regard de l’enjeu. » L’idée, ensuite, sera « de soumettre ces propositions à toutes les instances concernées afin, à leur niveau, de faire évoluer leurs règles ». En résumé, la convention « promet d’être un événement primordial qui suscitera un débat constructif sur un sujet d’importance cruciale pour la Nouvelle-Calédonie. Inspirée de modèles existants (convention citoyenne sur la fin de vie, convention citoyenne pour l’Occitanie…), cette convention devra permettre de déclencher des changements positifs et contribuera à sensibiliser les calédoniens sur les questions liées à la consommation d’alcool grâce à un travail approfondi et innovant », explique la province Sud, qui souhaite « préserver le vivre-ensemble calédonien ».

Comment cela va-t-il s’organiser ?

La Convention sera gérée par un comité de gouvernance, « présidé par une personnalité qualifiée proposée par la province Sud », précise cette dernière. Au sein de ce comité, on aura un représentant de plusieurs organismes (haut-commissariat, association des maires, CESE, sénat coutumier, parquet, police, association de prévention routière, autorité religieuse, CCI, médecine), deux représentants des vendeurs de boissons alcoolisées et dix citoyens. Pour choisir ces derniers, ce sera par le biais d’un tirage au sort programmé fin octobre entre tous ceux qui se seront inscrits (sur le site internet de la province Sud). En novembre, le comité de gouvernance se réunira quatre fois et des experts seront auditionnés. En décembre, une consultation en ligne (via Internet) sera lancée (pour tous les habitants du territoire, pas uniquement ceux de la province Sud). En janvier, les résultats de la consultation seront analysés, puis en février il est prévu des réunions et la rédaction de l’avis citoyen. Celui-ci sera ensuite affiné, retravaillé puis présenté en avril. Plus tard, en juillet et en octobre, un comité de suivi vérifiera la « mise en oeuvre des évolutions attendues », conclut la province Sud, laquelle se félicite du partenariat avec le haut-commissariat ou encore avec l’association des maires, et qui aimerait désormais que le gouvernement et les deux autres provinces rejoignent eux aussi la Convention. Jusque-là, ils n’ont pas répondu aux sollicitions, regrette Sonia Backès, et ce malgré que ce soit « un problème majeur et profond en Calédonie ».

Anthony Fillet

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