Trois ans de prison pour avoir volontairement foncé sur des gendarmes

C’était en avril 2022, à Canala. L’affaire aurait pu se terminer dramatiquement pour deux militaires, qui à plusieurs reprises ont vu un pick-up leur arriver droit dessus. Dans ce dossier, deux hommes étaient jugés hier à Nouméa.

La mission en Calédonie des deux gendarmes n’a duré que « quelques mois », dixit la présidente de l’audience, Hélène Gaillet, mais ils s’en souviendront sans doute longtemps, et pas seulement pour la beauté des paysages et le sourire des habitants.

Dans son récit des faits, lu hier par le tribunal, l’un des militaires parle d’une « situation périlleuse et dangereuse », qui un an plus tard génère encore « stress et hésitations » lors de ses missions. En dommages et intérêts, il a réclamé, et obtenu, la somme de 238 000 francs. Idem pour l’un de ses collègues.

Course-poursuite et tirs de LBD

L’affaire commence durant le week-end de Pâques, le dimanche 17 avril 2022, dans la soirée, sous la pluie : deux pick-ups, déclarés volés, avec à l’intérieur, selon les témoignages, huit ou neuf jeunes (mineurs pour la plupart), visages cagoulés, font irruption sur une mine de la commune de Canala pour y voler environ 80 litres d’essence stockés dans une chargeuse. Un agent de sécurité intervient : insulté et caillassé, il est contraint de reculer.

Le lendemain soir, bis repetita, avec de l’essence dérobée dans au moins une pelle hydraulique. Cette fois, c’est un autre surveillant qui est violemment repoussé. Les gendarmes sont appelés. Des points de contrôle sont mis en place. Les deux véhicules sont repérés, et coincés près d’un pont : pas de quoi arrêter les fuyards : certains partent à pied, les autres réussissent, non sans difficulté, à traverser la rivière au volant des pick-up. Dans la manœuvre, avec notamment un véhicule qui s’est embourbé avant de finir par repartir en trombe, les gendarmes auraient pu être renversés, ce qui a occasionné de leur part des tirs de LBD (lanceur de balles de défense).

Durant l’heure suivante, ils croisent à plusieurs reprises l’un des véhicules, dont le conducteur refuse de s’arrêter et cherche à les faire sortir de la route, heureusement sans succès. Étant donné la dangerosité de ces actes, et distancés, les militaires finissent par abandonner la poursuite.

« Une délinquance extrêmement pénible »

Isabelle Fuhrer, représentante du parquet hier à l’audience, résume les faits ainsi : « un groupe de jeunes vole des voitures, et comme il faut bien mettre du carburant ils vont se servir dans la mine, deux soirs de suite » avant de ne pas coopérer avec la gendarmerie. Elle évoque deux prévenus « avec un profil extrêmement inquiétant », dans ce « dossier assez confus » qui traite « encore et toujours d’une délinquance extrêmement pénible », avec « des faits commis par des gens qui recommencent sans cesse ». Plus largement, ces vols ont « des conséquences financières » lourdes pour les entreprises volées.

Canala ou Kouaoua ?

Dans cette histoire, deux majeurs étaient jugés hier matin à Nouméa par le tribunal correctionnel : ils l’ont été seulement pour les violences contre les gendarmes, les preuves pour les vols se révélant être pas assez solides. Le premier prévenu, 19 ans, était absent à l’audience car il c’est… un évadé. Il a été condamné à trois ans de prison ferme.

L’autre, 27 ans, lui aussi né à Nouméa, était présent hier : il a été relaxé. Lui assure, contrairement aux affirmations de certains mineurs interpellés (et jugés par un autre tribunal), qu’il n’était pas dans le véhicule qui a foncé plusieurs fois sur les gendarmes. Jusque-là peu prolixe, se contentant globalement de lever les sourcils en guise d’affirmation, il a sorti son argument numéro 1 en conclusion de l’audience, expliquant qu’il ne pouvait pas être à Canala ce soir-là puisqu’il était à Kouaoua, en plein… vol ! Sûr de lui, il a demandé au tribunal de vérifier ses dires. « Je suis en train de ramasser alors que je n’ai rien fait », lance-t-il.

Relaxé pour l’affaire de Canala, il n’est toutefois pas sorti libre du palais de justice, retournant directement au Camp-Est où il est déjà détenu pour d’autres condamnations passées, lui dont le casier judiciaire comporte neuf pages. Sa sortie de détention est prévue en décembre 2036.

A.F.

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