Ce qu’il faut retenir du débat sur la vie chère et le pouvoir d’achat

Samedi dernier, Generations nc organisait à Païta un débat démocratique « non-politisé » sur la vie chère et le pouvoir d’achat.

Un débat en phase avec l’actualité alors que l’ISEE venait de révéler que le pouvoir d’achat des Calédoniens avait reculé de 4,5 % en 2022. « Avant que les chiffres l’ISEE sortent, on avait tous conscience qu’il y avait une érosion du pouvoir d’achat qui s’était amplifiée ces 2 dernières années, explique Nina Julié, mais ce sont les gens sur le terrain qui nous ont fait comprendre qu’au-delà de l’avenir institutionnel, ce qui les préoccupait vraiment, c’était comment boucler leurs fins de mois, comment faire pour payer leurs courses, leur loyer… Et ce avec des situations plus ou moins dramatiques : il y ceux qui vont se priver un petit peu de loisirs, qui commencent à regarder de près ce qu’ils achètent dans les magasins et qui se privent de certains produits alimentaires, et puis il y a carrément ceux qui se privent d’un repas par jour », raconte Nina Julié, porte-parole de Generations nc. Dans le public qui comptait quelque 200 personnes, toutes les catégories
sociales étaient présentes.

Prix, revenus et attractivité

Le débat consistait en un échange avec le public. Près de 15 invités ont répondu aux questions : le MEDEF, la CCI, la FINC, la CPME, le syndicat des commerçants, celui des rouleurs du BTP, la Fédération des Professionnels de santé libéraux ou encore Saint-Vincent de Paul. Seuls les syndicats de salariés manquaient. Un certain nombre de propositions ont été formulées autour de trois axes : les prix des produits, les revenus et l’attractivité du territoire.

Sur la question des prix, « la construction de filières, notamment sur des produits de première nécessité » a été abordée. Il a également été suggéré de « revoir le millefeuille fiscal » qui pèse sur les produits importés. « Les accords de libre-échange avec les pays voisins ont aussi été évoqués, en revanche les experts ont laissé entendre que ce serait très compliqué pour nous de négocier avec eux parce que même l’Europe aujourd’hui n’y arrive pas, et puis un accord étant donnant-donnant, il faudrait qu’ils soient prêts à accepter nos produits ». L’autre problème à résoudre, c’est celui des dépenses publiques qui sont « beaucoup trop élevées par rapport au nombre d’habitants ». Nina Julié met en avant un chiffre : la Nouvelle-Calédonie compte 110 fonctionnaires pour 1000 habitants (contre 55 pour 1000 en Polynésie française), ce qui place le Caillou parmi les territoires « où la dépense publique est la plus importante ». Ce qui est aussi ressorti des prises de parole, c’est que « les consommateurs ne savent pas gérer leur budget. Ils doivent changer de comportement par la consommation de produits de saison. Par exemple, même quand les aubergines ne sont pas chères, comme en ce moment, ils n’en consomment pas. Il y a toute une éducation à faire pour qu’ils retrouvent du pouvoir d’achat », insiste Nina Julié.

La valeur travail

En matière de revenus, il a été question des leviers disponibles pour augmenter les salaires. Comment les patrons peuvent-ils accompagner leurs salariés face à l’inflation ? Plusieurs propositions ont été faites comme « la baisse des charges sociales, la défiscalisation des heures supplémentaires, mais aussi la mise en place d’avantages en nature comme les aides au transport ou les tickets repas », détaille Nina Julié, convaincue qu’il y a « un vrai problème de fond dans notre système », sur le rapport au travail en lui-même. « Quand il y a 54% des actifs sur qui on prélève impôts, taxes et cotisation sociales, pour payer pour ceux qui ne travaillent pas, a souligné Nina Julié, ça ne peut pas durer ». Selon elle, une seule solution : augmenter le nombre d’actifs et faire venir davantage de monde en Nouvelle-Calédonie pour grossir le nombre de consommateurs. Ce qui pose inévitablement la question de l’attractivité du territoire. Prochaine étape ? Un compte rendu du débat va prochainement être envoyé aux invités pour qu’ils puissent l’amender et éventuellement faire d’autres propositions. Les retours des participants sont aussi attendus sous une semaine. Ensuite, « on va essayer de dégager des mesures qu’on va pouvoir porter dans les institutions où nous sommes représentés », a conclu l’élue, membre des Loyalistes en réclamant par ailleurs qu’« un volet économique, social et environnemental soit intégré au projet d’avenir institutionnel ».

Beryl Ziegler

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