Parodions Audiard, « les non-lieux, ça ose tout, c’est même à ça qu’on les reconnaît », surtout s’ils bénéficient de complicité ou tout du moins de complaisance, sinon au sein de la justice, tout du moins au sein des institutions. C’est ainsi qu’une des responsables de la CCAT, un temps mise en examen et placée en détention provisoire en Métropole, puis blanchie par la grâce des juges, est en passe d’intégrer la DITTT (Direction des infrastructures, de la topographie et des transports terrestres) en tant que chargée de mission. Cela étant, il y a une certaine cohérence à ce qu’une des responsables d’un mouvement accusé d’avoir tout détruit en Nouvelle-Calédonie, se retrouve affectée dans un service censé construire et reconstruire. Elle eût été nommée à l’écologie ou aux ressources humaines, c’eût été moins drôle. Évidemment, innocentée, blanchie par la justice de notre pays, rien ne l’empêche ni ne lui interdit de reprendre une vie normale, comme si nous n’avions rien vécu, sinon une rigueur morale à laquelle il ne faut pas s’attendre. Et c’est en cela que la décision de non-lieu choque et interroge. Car, au-delà des sourires contraints que suscite cette nomination, on imagine que ceux qui ont tout perdu, leur entreprise et leurs espoirs, comme leurs emplois et leurs revenus, s’étranglent à l’idée qu’une des égéries de l’insurrection retrouve un poste dans l’administration, comme si rien ne s’était passé, comme si de rien n’était.
Nicolas Vignoles


